13 juin 2006
Epictète, Manuel, 21
La mort, l'exil et toutes ces choses apparemment redoutables, qu'elles soient devant tes yeux jour après jour, et surtout, plus que toutes, la mort. Et rien jamais ne te donnera de basses pensées ni aucun appétit excessif.
10 juin 2006
Proust, Le côté de Guermantes, II, 2
Il n'y a rien comme le désir pour empêcher les choses qu'on dit d'avoir aucune ressemblance avec ce qu'on a dans la pensée.
09 juin 2006
Exode, 20, 1 - 17 [Décalogue]
- Alors Dieu prononça toutes ces paroles, en disant:
- Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.
- Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face.
- Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre.
- Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent,
- et qui fais miséricorde jusqu'en mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements.
- Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain.
- Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.
- Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.
- Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes.
- Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour: c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié.
- Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne.
- Tu ne tueras point.
- Tu ne commettras point d'adultère.
- Tu ne déroberas point.
- Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.
- Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son boeuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.
05 juin 2006
Proust, Le côté de Guermantes, II, 1
La grande modification qu'amène en nous le réveil est moins de nous introduire dans la vie claire de la conscience que de nous faire perdre le souvenir de la lumière un peu plus tamisée où reposait notre intelligence, comme au fond opalin des eaux. Les pensées à demi voilées sur lesquelles nous voguions il y a un instant encore, entraînaient en nous un mouvement parfaitement suffisant pour que nous ayons pu les désigner sous le nom de veille. Mais les réveils trouvent alors une interférence de mémoire. Peu après, nous les qualifions sommeil parce que nous ne nous les rappelons plus. Et quand luit cette brillante étoile qui, à l'instant du réveil éclaire derrière le dormeur son sommeil tout entier, elle lui fait croire pendant quelques secondes que c'était non du sommeil, mais de la veille ; étoile filante à vrai dire qui emporte avec sa lumière l'existence mensongère, mais les aspects aussi du songe et permet seulement à celui qui s'éveille de se dire : "J'ai dormi."
04 juin 2006
Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, I, 5
La vie et les rêves sont les feuillets d'un livre unique ; la lecture suivie de ces pages est ce qu'on nomme la vie réelle ; mais quand le temps accoutumé de la lecture (le jour) est passé et qu'est venue l'heure du repos, nous continuons à feuilleter négligemment le livre, l'ouvrant au hasard à tel ou tel endroit et tombant tantôt sur une page déjà lue, tantôt sur une que nous ne connaissions pas ; mais c'est toujours le même livre que nous lisons.
02 juin 2006
Shakespeare, Le roi Jean, II, 1, 562 - 599
[Bastard.] - Mad world, mad kings, mad composition !
John, to stop Arthur's title in the whole,
Hath willingly departed with a part ;
And France, whose armour conscience buckled on,
Whom zeal and charity brought to the field
As God's ows soldier, rounded in the ear
With that same purpose-changer, that sly evil,
That broker that still breaks the pate of faith,
That daily break-vow, he that wins all,
Of kings, of beggars, old men, young men, maids, -
Who having no external things to lose
But the word "maid", cheats the poor maid of that, -
That smooth-faced gentleman, tickling commodity ;
Commodity, the bias of the world,
The world who of itself is peisèd well,
Made to run even upon even ground,
Till this advantage, this vile-drawing bias,
This sway of motion, this commodity,
Makes it take head from all indifferency,
From all direction, purpose, course, intent ;
And this same bias, this commodity,
This bawd, this broker, this all-changing word,
Clapped on the outward eye of fickle France,
Hath drawn him from his own determined aid,
From a resolved and honourable war,
To a most base and vile-concluded peace.
And why rail I on this commodity ?
But for because he hath not wooed me yet -
Not that I have the power to clutch my hand
When his fair angels would salute my palm;
But for my hand, as unattempted yet,
Like a poor beggar raileth on the rich.
Well, whiles I am a beggar I will rail,
And say there is no sin but to be rich,
And being rich, my virtue then shall be
To say there is no vice but beggary.
Since kings break faith upon commodity,
Gain, be my lord, for I will worship thee.
John, to stop Arthur's title in the whole,
Hath willingly departed with a part ;
And France, whose armour conscience buckled on,
Whom zeal and charity brought to the field
As God's ows soldier, rounded in the ear
With that same purpose-changer, that sly evil,
That broker that still breaks the pate of faith,
That daily break-vow, he that wins all,
Of kings, of beggars, old men, young men, maids, -
Who having no external things to lose
But the word "maid", cheats the poor maid of that, -
That smooth-faced gentleman, tickling commodity ;
Commodity, the bias of the world,
The world who of itself is peisèd well,
Made to run even upon even ground,
Till this advantage, this vile-drawing bias,
This sway of motion, this commodity,
Makes it take head from all indifferency,
From all direction, purpose, course, intent ;
And this same bias, this commodity,
This bawd, this broker, this all-changing word,
Clapped on the outward eye of fickle France,
Hath drawn him from his own determined aid,
From a resolved and honourable war,
To a most base and vile-concluded peace.
And why rail I on this commodity ?
But for because he hath not wooed me yet -
Not that I have the power to clutch my hand
When his fair angels would salute my palm;
But for my hand, as unattempted yet,
Like a poor beggar raileth on the rich.
Well, whiles I am a beggar I will rail,
And say there is no sin but to be rich,
And being rich, my virtue then shall be
To say there is no vice but beggary.
Since kings break faith upon commodity,
Gain, be my lord, for I will worship thee.
28 mai 2006
Laozi, Traité du vide parfait, VII, 7
- YANZI : Comment nourrir son principe vital ?
- GUANZI : Laissez aller, sans obstruction, sans entraves.
- Y. : Comment atteindre ce but ?
- G. : Que les oreilles écoutent ce qu'elles désirent, que les yeux regardent ce qu'ils désirent, que le nez hume ce qu'il désire, que la bouche exprime ce qu'elle désire, que le corps se repose comme il désire, et que la volonté réalise ce qu'elle désire. Les oreilles désirent écouter de la musique, je dis qu'il y a entrave à l'ouïe si elles ne le peuvent. Les yeux désirent regarder de la beauté, je dis qu'il y a entrave à la vue s'ils ne le peuvent. Le nez désire humer des parfums, je dis qu'il y a entrave à l'odorat s'il ne le peut. La bouche désire exprimer la vérité, je dis qu'il y a entrave à la connaissance si elle ne le peut. Le corps désire se reposer dans un lieu confortable, je dis qu'il y a entrave au bien-être s'il ne le peut. La volonté désire jouir de la liberté, je dis qu'il y a entrave à la nature si elle ne le peut. Ces entraves sont des tyrans. Eliminer ces tyrans et attendre la mort, un jour, un mois ou un an, c'est ce que j'appelle nourrir son principe vital. Quiconque reste attaché à ces tyrans, s'y soumet au lieu de les combattre, vit pitoyablement. Vivrait-il cent ans, mille ans ou dix mille ans, je ne dirais pas qu'il a nourri son principe vital. Maintenant que je t'ai renseigné sur ce que signifie nourrir son principe vital, que me diras-tu des obsèques ?
- Y. : Les obsèques sont sans importance. Que dire de plus ?
- G. : Je désire t'entendre à ce sujet.
- Y. : Qu'importe ce qui se passera après ma mort. J'accepte que l'on m'incinère, me jette dans l'eau, m'enterre, me laisse à l'air, m'enveloppe de paille et me jette dans un ravin ou qu'on me vête de soie et dépose dans un sarcophage.
Guanzi regarda Bao Shu et Huangzi avant de dire : "Nous avons compris tous les deux la Voie de la vie et de la mort."
- GUANZI : Laissez aller, sans obstruction, sans entraves.
- Y. : Comment atteindre ce but ?
- G. : Que les oreilles écoutent ce qu'elles désirent, que les yeux regardent ce qu'ils désirent, que le nez hume ce qu'il désire, que la bouche exprime ce qu'elle désire, que le corps se repose comme il désire, et que la volonté réalise ce qu'elle désire. Les oreilles désirent écouter de la musique, je dis qu'il y a entrave à l'ouïe si elles ne le peuvent. Les yeux désirent regarder de la beauté, je dis qu'il y a entrave à la vue s'ils ne le peuvent. Le nez désire humer des parfums, je dis qu'il y a entrave à l'odorat s'il ne le peut. La bouche désire exprimer la vérité, je dis qu'il y a entrave à la connaissance si elle ne le peut. Le corps désire se reposer dans un lieu confortable, je dis qu'il y a entrave au bien-être s'il ne le peut. La volonté désire jouir de la liberté, je dis qu'il y a entrave à la nature si elle ne le peut. Ces entraves sont des tyrans. Eliminer ces tyrans et attendre la mort, un jour, un mois ou un an, c'est ce que j'appelle nourrir son principe vital. Quiconque reste attaché à ces tyrans, s'y soumet au lieu de les combattre, vit pitoyablement. Vivrait-il cent ans, mille ans ou dix mille ans, je ne dirais pas qu'il a nourri son principe vital. Maintenant que je t'ai renseigné sur ce que signifie nourrir son principe vital, que me diras-tu des obsèques ?
- Y. : Les obsèques sont sans importance. Que dire de plus ?
- G. : Je désire t'entendre à ce sujet.
- Y. : Qu'importe ce qui se passera après ma mort. J'accepte que l'on m'incinère, me jette dans l'eau, m'enterre, me laisse à l'air, m'enveloppe de paille et me jette dans un ravin ou qu'on me vête de soie et dépose dans un sarcophage.
Guanzi regarda Bao Shu et Huangzi avant de dire : "Nous avons compris tous les deux la Voie de la vie et de la mort."
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