15 avril 2012

Zohar

Le Saint, béni soit-Il, a vu qu'il était nécessaire de mettre toutes ces choses dans le monde afin d'en assurer la permanence ; d'avoir, pour ainsi dire, un cerveau enveloppé de nombreuses écorces. Le monde tout entier, celui d'en haut et celui d'en bas, est formé selon ce principe, depuis le mystérieux centre originel jusqu'aux couches les plus lointaines. Elles sont toutes des vêtements, l'une pour l'autre, cerveau dans le cerveau, esprit à l'intérieur de l'esprit, écorce dans l'écorce. 

13 novembre 2011

Maître Eckhart, sermon n°69

"Ici" et "maintenant", ces termes sont synonymes d'espace et de temps. "Maintenant" c'est le plus petit laps de temps ; ce n'est ni un bout du temps, ni une partie de temps, mais un goût du temps, une pointe du temps, une fin du temps. Il faut néanmoins, si minime soit-il, qu'il disparaisse ; tout ce qui, d'une façon ou d'une autre, touche au temps, doit disparaître. Elle [l'âme] te détache également d'ici. "Ici" est synonyme de lieu. Le lieu où je me tiens est certes petit. Mais, si petit soit-il, il faut qu'il disparaisse, si l'on veut voir Dieu.

11 novembre 2009

Mme de Sévigné, Lettre à Bussy-Rabutin, du 6 août 1675

Pour ma vie, vous la connaissez aussi. On la passe avec cinq ou six amies dont la société plaît, et à mille devoirs à quoi l'on est obligé, et ce n'est pas une petite affaire. Mais ce qui me fâche, c'est qu'en ne faisant rien les jours se passent, et notre pauvre vie est composée de ces jours, et l'on vieillit, et l'on meurt. Je trouve cela bien mauvais. Je trouve la vie trop courte. A peine avons-nous passé la jeunesse que nous nous trouvons dans la vieillesse. Je voudrais qu'on eût cent ans d'assurés, et le reste dans l'incertitude. Ne le voulez-vous pas aussi ? Mais comment pourrions-nous faire ?

03 octobre 2009

Cioran, De l'inconvénient d'être né, VII

L'unique moyen de sauvegarder sa solitude est de blesser tout le monde, en commençant par ceux qu'on aime.

15 septembre 2009

Cioran, De l'inconvénient d'être né, III

Quand il m'arrive d'être occupé, je ne pense pas un instant au "sens" de quoi que ce soit, et encore moins, il va sans dire, de ce que je suis en train de faire. Preuve que le secret de tout réside dans l'acte et non dans l'abstention, cause funeste de la conscience.

26 août 2009

V. Jankélévitch, La mort, I, III, 7

L'impossible - entendez ce qui ne peut et ne pourra jamais être d'aucune manière accompli par l'homme - se ramène le plus souvent à une arrière-volonté clandestine, à la subvolonté de l'échec. L'impossible est une mauvaise volonté travestie en destin. En fait, l'homme intrépide surmonte les impossibilités physiques, dépasse la vitesse du son, s'arrache à l'attraction terrestre, viole l'espace cosmique sans que Dieu châtie le hardi profanateur ; le mur du son n'était donc pas un mur sacré, l'espace cosmique n'était donc pas inviolable ! Dieu ne voit sans doute aucun inconvénient à ce que nous nous posions sur la Lune... si nous le pouvons ! - Dieu n'a jamais non plus interdit à personne de soulager la douleur soi-disant incurable ; ni défendu à personne de soigner les maladies qui peuvent être soignées. Et toutes les maladies peuvent être soignées !

09 août 2009

Stendhal, La Chartreuse de Parme, II, chapitre 24ème

... l'homme qui approche de la cour compromet son bonheur, s'il est heureux, et dans tous les cas, fait dépendre son avenir des intrigues d'une femme de chambre.
D'un autre côté, en Amérique, dans la république, il faut s'ennuyer toute la journée à faire une cour sérieuse aux boutiquiers de la rue, et devenir aussi bête qu'eux ; et là, pas d'Opéra.