Nous empêchons nos pensées du général et des causes et conduites universelles, qui se conduisent très bien sans nous, et laissons en arrière notre fait et Michel, qui nous touche encore de plus près que l'homme. Or j'arrête bien chez moi le plus ordinairement, mais je voudrais m'y plaire plus qu'ailleurs.
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30 mai 2007
Montaigne, Les Essais, III, 9
Je ne suis pas philosophe ; les maux me foulent selon qu'ils pèsent ; et pèsent selon la forme comme selon la matière, et souvent plus. J'en ai plus de connaissance que le vulgaire, si j'ai plus de patience. Enfin, s'ils ne me blessent, ils m'offensent. C'est chose tendre que la vie et aisée à troubler.
17 janvier 2007
Montaigne, Les essais, III, 10
Le temps me laisse ; sans lui rien ne se possède.
17 novembre 2006
Machiavel, L'art de la guerre, V, 7
Si, supérieur en nombre, [l'ennemi] recule devant une troupe inférieure ; si, au contraire, il envoie des forces très faibles contre des forces considérables ; s'il prend subitement la fuite sans raison, dans tous ces cas craignez un piège, et ne croyez jamais que l'ennemi ne sait pas ce qu'il fait.
22 août 2006
Montaigne, Les essais, I, 23
On reçoit les avis de la vérité et ses préceptes comme adressés au peuple, non jamais à soi ; et au lieu de les coucher sur ses mœurs, chacun les couche en sa mémoire, très sottement et très inutilement.
19 mai 2006
Montaigne, Les Essais, I, 26
Le premier goût que j'eus aux livres, il me vint du plaisir des fables de la Métamorphose d'Ovide. Car, environ l'âge de sept ou huit ans, je me dérobais de tout autre plaisir pour les lire [...] Là, il me vint singulièrement à propos d'avoir affaire à un homme d'entendement de précepteur, qui sut dextrement conniver à cette mienne débauche, et autres pareilles. Car, par là, j'enfilai tout d'un trait Virgile en l'Enéide, et puis Térence, et puis Plaute, et des comédies italiennes, leurré toujours par la douceur du sujet. S'il eût été si fol de rompre ce train, j'estime que je n'eusse rapporté du collège que la haine des livres, comme fait quasi toute notre noblesse. Il s'y gouverna ingénieusement. Faisant semblant de n'en voir rien, il aiguisa ma faim, ne me laissant qu'à la dérobée gourmander ces livres, et me tenant doucement en office pour les autres études de la règle. Car les principales parties que mon père cherchait à ceux à qui il donnait charge de moi, c'était la débonnaireté et facilité de complexion. Aussi n'avait la mienne autre vice que langueur et paresse. Le danger n'était pas que je fisse mal, mais que je ne fisse rien. Nul ne pronostiquait que je dusse devenir mauvais, mais inutile. On y prévoyait de la fainéantise, non pas de la malice [...] Pour en revenir à mon propos [l'éducation des enfants], il n'y a tel que d'allécher l'appétit et l'affection, autrement on ne fait que des ânes chargés de livres. On leur donne à coups de fouet en garde leur pochette pleine de science, laquell, pour bien faire, il ne faut pas seulement loger chez soi, il la faut épouser.
06 mai 2006
Montaigne, Les Essais, III, 2
De fonder la récompense des actions vertueuses sur l'approbation d'autrui, c'est prendre un trop incertain et trouble fondement. Signamment en un siècle corrompu et ignorant comme celui-ci, la bonne estime du peuple est injurieuse ; à qui vous fiez-vous de voir ce qui est louable ? Dieu me garde d'être homme de bien selon la description que je vois faire tous les jours par honneur à chacun de soi. "Quae fuerant vitia, mores sunt." (1)Tels de mes amis ont parfois entrepris de me chapitrer et mercurialiser à coeur ouvert ou de leur propre mouvement, ou semons par moi, comme d'un office qui, à une âme bien faite, non en utilité seulement, mais en douceur aussi surpasse tous les offices de l'amitié. Je l'ai toujours accueilli des bras de la courtoisie et reconnaissance les plus ouverts. Mais à en parler asteure en conscience, j'ai souvent trouvé en leurs reproches et louanges tant de fausse mesure que je n'eusse guère failli de faillir plutôt que de bien faire à leur mode. Nous autres principalement, qui vivons une vie privée qui n'est en montre qu'à nous, devons avoir établi un patron au-dedans, auquel toucher nos actions, et, selon icelui, nous caresser tantôt, tantôt nous châtier. J'ai mes lois et ma cour pour juger de moi, et m'y adresse plus qu'ailleurs. Je restreins bien selon autrui mes actions, mais je ne les étends que selon moi. Il n'y a que vous qui sache si vous êtes lâche et cruel, ou loyal et dévotieux ; les autres ne vous voient point ; ils vous devinent par conjectures incertaines ; ils voient non tant votre nature que votre art. Par ainsi ne vous tenez pas à leur sentence ; tenez-vous à la vôtre.
(1) : "Les vices d'autrefois sont devenus les moeurs d'aujourd'hui", Sénèque, L. 39.
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