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21 mars 2009

Nietzsche, Humain, trop humain, VIII, §481

On peut finalement se poser la question : en vaut-elle la peine, cette superbe floraison d'ensemble [ - qui assure à un peuple une grande politique et une voix prépondérante parmi les Etats les plus puissants - ] (qui, à vrai dire, ne se manifeste que dans la peur inspirée aux autres Etats par le nouveau colosse et dans une clause arrachée aux pays étrangers pour favoriser la prospérité du commerce et des échanges nationaux), s'il faut, à cette fleur grossière et bariolée de la nation, sacrifier toutes les plantes et toutes les pousses les plus nobles, plus délicates, plus spirituelles, dont le terroir était jusqu'alors si riche ?

07 janvier 2008

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, III, Le retour au pays

Chez eux tous parlent et aucun ne sait comprendre. Tout tombe à l'eau mais rien ne s'enfonce dans des puits profonds.
Chez eux tout parle et rien n'aboutit ni ne vient à maturité. Tous caquettent, mais on n'en trouverait pas un pour rester au nid et couver des oeufs.
Chez eux tout parle, tout s'effrite en paroles. Et ce qui hier encore semblait trop coriace pour le temps et la dent du temps pend aujourd'hui usé et rongé entre les mâchoires des hommes d'à présent.
Chez eux tout parle, tout se trahit. Et ce qu'on appelait autrefois le mystère et le secret des âmes profondes appartient aujourd'hui aux crieurs publics et autres braillards.

12 avril 2007

Nietzsche, Le gai savoir, V, §374

L'intellect humain ne peut éviter de se voir lui-même sous ses formes perspectivistes et seulement en elles. Nous ne pouvons contourner notre angle du regard : c'est une curiosité désespérée que de vouloir savoir quelles autres espèces d'intellect et de perspective il pourrait y avoir [...] Mais je pense que du moins nous sommes loin, aujourd'hui, de la présomption ridicule consistant à décréter depuis notre angle que l'on ne peut légitimement avoir de perspective qu'à partir de cet angle-là. Le monde nous est bien plutôt devenu, une fois encore, "infini" : dans la mesure où nous ne pouvons pas écarter la possibilité qu'il renferme en lui des interprétations infinies. Le grand frisson nous saisit une nouvelle fois - mais qui aurait donc envie de recommencer d'emblée à diviniser ce monstre de monde inconnu à la manière ancienne ?

(traduction P. Wotling)

04 mars 2007

Nietzsche, Le gai savoir, III, §224

Critique des animaux. - Je crains que les animaux ne considèrent l'homme comme un de leurs semblables qui a perdu le bon sens animal de manière extrêmement dangereuse, comme l'animal délirant, comme l'animal rieur, comme l'animal pleurnichard, comme l'animal malheureux.

(traduction P. Wotling)

04 février 2007

Nietzsche, Gai savoir, §58

La manière dont on nomme les choses compte indiciblement plus que ce qu'elles sont.

31 décembre 2006

Nietzsche, Généalogie de la morale, 3, §11

Déchiffrée depuis un astre lointain, l'écriture majuscule de notre existence terrestre conduirait peut-être à la conclusion que la terre est véritablement l'astre ascétique, le coin des créatures mécontentes, prétentieuses et répugnantes, qui ne sauraient se défaire d'un profond dégoût de soi, de la terre et de toute vie, et qui se font à elles-mêmes tout le mal possible par plaisir de faire du mal : - vraisemblablement c'est là leur seul plaisir.

25 novembre 2006

Nietzsche, Aurore, I, §30

Voilà maintenant un grand artiste : la volupté que lui procurait d'avance l'envie de ses rivaux subjugués a empêché sa force de s'endormir, jusqu'à ce qu'il fût devenu grand, - combien de minutes amères n'a-t-il pas fait payer à d'autres âmes pour acquérir cette grandeur ! [...] c'est toujours une nouveauté par trop paradoxale et presque douloureuse que la moralité de la distinction ne soit en fin de compte que le plaisir d'une cruauté raffinée. En fin de compte, cela veut dire ici : à chaque fois, dans la première génération. Car lorsque l'on hérite sous forme d'habitude d'une manière quelconque de se distinguer, on n'hérite pas en même temps de l'arrière-pensée qui l'accompagne (on n'hérite que de sentiments, non de pensées) : et sauf si l'éducation vise à inculquer de nouveau cette arrière-pensée, cette façon d'agir ne procure déjà plus un plaisir de cruauté à la seconde génération, mais seulement le plaisir de l'habitude elle-même. Mais ce plaisir-là est le premier degré du "bien".

29 juillet 2006

Nietzsche, Le gai savoir, IV, 338

Vis caché afin de pouvoir vivre pour toi ! Vis en ignorant ce que ton siècle considère comme le plus important ! Place au moins la peau de trois siècles entre toi et aujourd'hui ! Et la clameur d'aujourd'hui, le vacarme des guerres et des révolutions doit être pour toi un murmure !

26 juillet 2006

Nietzsche, Le gai savoir, IV, 278

La pensée de la mort. - Vivre au milieu de ce dédale de ruelles, de besoins, de voix suscite en moi un bonheur mélancolique : que de jouissance, d'impatience, de désir, que de vie assoiffée et d'ivresse de vivre se révèle ici à chaque instant ! Et pourtant tous ces êtres bruyants, vivants, assoiffés de vie plongeront bientôt dans un tel silence ! Comme chacun est suivi par son ombre, le sombre compagnon qu'il emmène avec lui ! Il en est toujours comme à l'ultime moment avant le départ d'un navire d'émigrants : on a plus de choses à se dire que jamais, l'heure presse, l'océan et son mutisme désolé attend, impatient, derrière tout ce bruit - si avide, si sûr de tenir sa proie. Et tous, tous pensent que le temps écoulé jusqu'alors n'est rien ou peu de chose, que le proche avenir est tout : d'où cette hâte, ces cris, cet étourdissement de soi-même, cette duperie de soi-même ! Chacun veut être le premier dans cet avenir, - et pourtant c'est la mort et le silence de mort qui est l'unique certitude et le lot commun à tous dans cet avenir ! Qu'il est étrange que cette unique certitude et ce lot commun n'aient presque aucun pouvoir sur les hommes et qu'ils soient à mille lieues de se sentir comme une confrérie de la mort ! Cela me rend heureux de voir que les hommes ne veulent absolument pas penser la pensée de la mort ! J'aimerais contribuer en quelque manière à leur rendre la pensée de la vie encore cent fois plus digne d'être pensée.