Chez eux tous parlent et aucun ne sait comprendre. Tout tombe à l'eau mais rien ne s'enfonce dans des puits profonds.
Chez eux tout parle et rien n'aboutit ni ne vient à maturité. Tous caquettent, mais on n'en trouverait pas un pour rester au nid et couver des oeufs.
Chez eux tout parle, tout s'effrite en paroles. Et ce qui hier encore semblait trop coriace pour le temps et la dent du temps pend aujourd'hui usé et rongé entre les mâchoires des hommes d'à présent.
Chez eux tout parle, tout se trahit. Et ce qu'on appelait autrefois le mystère et le secret des âmes profondes appartient aujourd'hui aux crieurs publics et autres braillards.
07 janvier 2008
06 janvier 2008
Platon, Les Lois, II, 653a - 653c
A vrai dire, je prétends que chez les enfants les premières sensations de leur âge sont le plaisir et la douleur, et que c'est en elles que la vertu et le vice commencent à être présents à l'âme, tandis que la réflexion et les opinions vraies qui présentent de la fermeté, c'est une chance pour quelqu'un d'y parvenir, même lorsqu'il approche de la vieillesse. Quoi qu'il en soit, l'homme qui possède ces biens et tout ce qu'ils renferment atteint la perfection. Dès lors, j'entends par éducation, l'éclosion initiale de la vertu chez l'enfant. Si le plaisir, l'affection, la douleur et la haine apparaissent donc comme il faut dans l'âme, avant qu'elle puisse en saisir la raison, et si, lorsque l'âme en a saisi la raison, ils s'accordent avec la raison pour reconnaître qu'elle a pris de bonnes habitudes, c'est cet accord qui constitue l'excellence dans sa totalité. Mais la partie de cette vertu qui concerne la formation au bon usage des plaisirs et des douleurs et qui fait que, du début à la fin, on prend en haine ce qu'il faut prendre en haine et qu'on chérit ce qu'il faut chérir, cette partie si, après l'avoir isolée par la raison, tu l'appelais "éducation", tu aurais raison à mon avis, de l'appeler ainsi.
04 janvier 2008
Descartes, cité in Entretien avec M. de Sacy sur Epictète et Montaigne (Fontaine)
Je ne prétends pas, dit M. Descartes, dire les choses comme elles sont en effet. Le monde est un si grand objet qu'on s'y perd ; mais je le regarde comme un chiffre. Les uns tournent et retournent les lettres de l'alphabet, et trouvent quelque chose ; moi aussi j'ai trouvé quelque chose, mais ce n'est pas peut-être ce que Dieu a fait."
Pablo Neruda, 1971
Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.
Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.
Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !
03 janvier 2008
Pascal, Pensées, 664 (Le Guern)
Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être. Nous voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire, et négligeons le véritable. Et si nous avons ou la tranquillité ou la générosité ou la fidélité, nous nous empressons de le faire savoir afin d'attacher ces vertus-là à notre autre être et les détacherions plutôt de nous pour les joindre à l'autre. Nous serions de bon coeur poltrons pour en acquérir la réputation d'être vaillants. Grande marque du néant de notre propre être, de n'être pas satisfait de l'un sans l'autre, et d'échanger souvent l'un sans l'autre. Car qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme.
25 novembre 2007
Kipling, The Jungle Books, Book II, The Spring Running
"I taught thee the Law. It is for me to speak", [Baloo] said, "and though I cannot now see the rocks before me, I see far. Little frog, take thine own trail ; make thy lair with thine own blood and pack and people ; but when there is need of foot or tooth or eye or a word carried swiftly by night, remember, master of the jungle, the jungle is thine at call."
"The Middle Jungle is thine also," said Kaa. "I speak for no small people."
"Hai mai, my brothers," cried Mowgli, throwing up his arms with a sob. "I know not what I know, I would not go, but I am drawn by both feet. How shall I leave theses nights ?"
"Nay, look up, Little Brother," Baloo repeated. "There is no shame in this hunting. When the honey is eaten we leave the empty hive."
"Having cast the skin," said Kaa, "we may not creep into it afresh. It is the Law."
"Listen, dearest of all to me," said Baloo. "There is neither word nor will here to hold thee back. Look up ! Who may question the master of the jungle ? I saw thee playing among the white pebbles yonder when thou wast a little frog ; and Bagheera, that bought thee for the price of a young bull newly killed, saw thee also. Of that looking-over we two only remain, for Raksha, thy lair-mother, is dead with thy lair-father ; the old wolf pack is long since dead ; thou knowest whither Shere Khan went, and Akela died among the dholes, where but for the wisdom and strength the second Seeonee Pack would also have died. There remain nothing but old bones. It is no longer the man-cub that asks leave of his pack, but the master of the jungle that changes his trail. Who shall question man in his ways ?"
"The Middle Jungle is thine also," said Kaa. "I speak for no small people."
"Hai mai, my brothers," cried Mowgli, throwing up his arms with a sob. "I know not what I know, I would not go, but I am drawn by both feet. How shall I leave theses nights ?"
"Nay, look up, Little Brother," Baloo repeated. "There is no shame in this hunting. When the honey is eaten we leave the empty hive."
"Having cast the skin," said Kaa, "we may not creep into it afresh. It is the Law."
"Listen, dearest of all to me," said Baloo. "There is neither word nor will here to hold thee back. Look up ! Who may question the master of the jungle ? I saw thee playing among the white pebbles yonder when thou wast a little frog ; and Bagheera, that bought thee for the price of a young bull newly killed, saw thee also. Of that looking-over we two only remain, for Raksha, thy lair-mother, is dead with thy lair-father ; the old wolf pack is long since dead ; thou knowest whither Shere Khan went, and Akela died among the dholes, where but for the wisdom and strength the second Seeonee Pack would also have died. There remain nothing but old bones. It is no longer the man-cub that asks leave of his pack, but the master of the jungle that changes his trail. Who shall question man in his ways ?"
03 novembre 2007
Pascal, Pensées, 667 (Le Guern)
On se forme l'esprit et le sentiment par les conversations, on se gâte l'esprit et le sentiment par les conversations. Ainsi les bonnes ou les mauvaises le forment ou le gâtent. Il importe donc du tout de les savoir choisir pour se le former et ne le point gâter. Et on ne peut faire ce choix si on ne l'a déjà formé et point gâté. Ainsi cela fait un cercle, donct ont bienhereux ceux qui sortent.
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